Critique du feu Nos Héros

2 juillet 2016 — Ouverture

Évaluation du spectacle

J’ai rencontré Alain Carbonneau pour la première fois au Vieux Port de Montréal quelques semaines avant sa performance aux Feux sur glace Telus en 2010.

Il s’apprêtait alors à exploiter les rampes du quai Jacques-Cartier pour la première fois et il était donc un peu nerveux à l’idée de se faire comparer à d’autres firmes dont les concepteurs avaient plus d’expérience avec le format de l’événement et le site de tir.

À la fin du premier feu auquel il avait assisté, il avait spontanément décidé d’ajouter quelques effets supplémentaires afin d’en mettre plein la vue au public quelques semaines plus tard. Son idée était très bonne : j’avais fort apprécié sa performance (dans le plus pur style italien), où on avait pu voir des effets inédits et où les occasions de prendre d’excellentes photos étaient légion.


Alain Carbonneau (troisième à partir de la gauche) et son équipe en 2010

Six ans plus tard, je l’ai rencontré à nouveau quelques minutes avant une autre (grande) première : tirer sur les mythiques rampes de La Ronde dans le cadre du feu d’ouverture de la 32ème édition de l’International des Feux Loto-Québec.

J’ai cru alors percevoir un stress similaire chez lui, causé sans doute par les contraintes particulières qu’il a dû subir dans le cadre de cette conception : recevoir la trame sonore deux mois avant le jour J, effectuer la conception avec un inventaire limité, réduire la complexité de son montage afin de pouvoir remplir ses obligations contractuelles de feux de la Fête du Canada le même week-end avec son équipe d’artificiers, etc.

Alain m’a répété à quelques reprises avant le feu de ne pas m’attendre à grand-chose, que le feu ne serait pas de très grande envergure et qu’il serait somme toute assez typique, etc.

Contrairement à certains autres concepteurs de feux hors-compétition qui prétendent tirer un feu qui va repousser les limites comme s’il était évalué par le jury et qui ne livrent pas la marchandise, Alain Carbonneau tentait pour sa part de minimiser nos attentes. Curieux !

Quand j’ai pris place dans les gradins, je ne m’attendais donc qu’à un petit feu (et donc à 30 longues minutes).

Malgré un faux départ regrettable (un groupe de sept chandelles romaines bleues inclinées vers la gauche sur la pleine longueur de la rampe #3 s’est allumé par erreur 30 secondes avant le compte à rebours), le premier segment sur la musique de Star Wars a eu tôt fait de me faire comprendre que ce ne serait pas un petit feu.

Premier tableau du feu Nos Héros
Le premier tableau du feu Nos Héros – remarquez les chandelles romaines bleues…

La trame sonore provenait d’une sélection de trames sonores de films et était interprétée par les musiciens du Royal 22ème Régiment. Conséquemment, les cuivres étaient plutôt prédominants, mais les arrangements du directeur musical de l’orchestre militaire ont eu tôt fait de nous surprendre : I Just Can’t Wait to be King était interprétée dans un style jazz assez hilarant (certains enfants devant moi se sont mis à imiter spontanément des trompettistes) et le thème de Super Mario Bros. prenait un ton martial assez surprenant.

Alain Carbonneau nous avait lui aussi préparé quelques petites surprises : une chute d’eau pyrotechnique à changement de couleurs, des balais/baguettes magiques en panneaux de lances et gerbes sur la musique d’Harry Potter (les interprétations divergent un peu parmi les spectateurs que j’ai consultés sur la nature de ces pièces montées), des bombes à motif de coeur (1UP !) et de pièces d’or ainsi que des soucoupes volantes à double ascension/comètes sifflantes (c’est plutôt mon expertise qui hésite ici) rappelant les poissons dans les tableaux aquatiques sur le thème de Super Mario Bros.

Note à mes lecteurs fidèles : ce n’est pas la première fois que les pièces présentées dans un feu d’Apogée me font hésiter sur leur classification. J’ose penser que c’est bon signe !

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… car voici des chandelles vertes orientées vers la gauche sur le segment Rocky; ne manque-t’il pas justement quelques chandelles bleues dans le sens opposé ?

J’ai déjà fait l’erreur d’évaluer des feux hors-compétition selon les critères qui sont utilisés pendant le reste de la saison par le jury, généralement à la demande de concepteurs trop peu modestes et généralement à leur grande déception si d’ordinaire ils lisent ma critique.

Je vais donc m’abstenir de sortir la grille d’évaluation dans ce cas précis, car je pardonne sans trop de mal les petites erreurs de symétrie ici et là et la répétition de certains types d’effets (causés par l’inventaire limité, sans doute) car Alain Carbonneau nous a présenté un feu d’ouverture réussi avec quelques surprises à la clé.

Bonne saison 2016 tout le monde !

Mon appréciation

J'ai apprécié...
Je déplore...

Trame sonore

  1. John Williams - Star Wars Saga
  2. Micheal Kamen - Robin Hood Prince of Thieves
  3. Bill Conti, Carol Connors, Ayn Robbins - Gonna Fly Now (Theme of Rocky)
  4. Koji Kondo - The Legend of Zelda
  5. John Williams - Harry Potter Suite
  6. John Williams - Symphonic Marches
  7. Danny Elfman with Prince - Batman
  8. John Williams - Superman March
  9. Elton John - I Just Can’t Wait to be King
  10. Koji Konjo - Super Mario Bros.
  11. Leonard Rosenman and Alexander Courage - Star Trek IV
  12. Klaus Bedelt - Pirates of the Carribean